mars 3, 2026
homme travail sur ordinateur avec agenda notification et message

Loi de Carlson : 3 clés pour éviter les interruptions

23 minutes et 15 secondes. C’est le temps qu’il faut à votre cerveau pour retrouver un niveau de concentration optimal après une seule interruption. Un simple message, un collègue qui passe, une notification qui clignote, et c’est presque une demi-heure de perdue.

Maintenant, multipliez ça par le nombre de fois où vous êtes interrompu chaque jour.

Des études mesurent un temps moyen entre deux interruptions de 2 minutes et 31 secondes dans certains environnements professionnels. D’ailleurs, on estime en moyenne une perte de temps de 28 % du temps de travail, soit plus de 2 heures par jour.

En réalité, le monde dans lequel vous travaillez n’a pas été conçu pour vous aider à vous concentrer. Il est fait pour vous solliciter en permanence. Les outils que vous utilisez au quotidien (messageries instantanées, notifications, emails) sont pensés pour capter votre attention, pas pour la préserver.

C’est pourquoi nous allons voir ensemble les principes de la loi de Carlson et comment l’appliquer pour protéger votre productivité.

I. Qu’est ce que la loi de Carlson

Sune Carlson est un économiste suédois qui, dans les années 1950, a décidé d’observer de près le quotidien des cadres dirigeants. Pas pour les juger, ni pour les coacher. Simplement pour comprendre comment ils travaillaient vraiment.

Ces dirigeants, pourtant expérimentés et organisés, ne passaient presque jamais plus de quelques minutes sur une même tâche avant d’être interrompus. Un appel, une question, un dossier urgent. Bref, leur journée n’était pas un enchaînement de travail concentré, c’était une série de fragments. Ainsi, Carlson a voulu mesurer ce que ça coûtait réellement.

Sa conclusion est simple : une tâche réalisée en une seule fois, sans interruption, prend moins de temps et demande moins d’énergie que la même tâche réalisée en plusieurs fois. C’est tout.

Par exemple, imaginez que vous êtes en train de rédiger un rapport. Vous avez trouvé votre rythme et vous avancez bien. Un collègue vous interrompt pour vous poser une question. Deux minutes, pas plus. Vous répondez et vous revenez à votre rapport.

Sauf que vous ne revenez pas vraiment là où vous en étiez. Vous devez relire les dernières lignes pour vous remettre dans le contexte. Vous devez retrouver l’idée que vous alliez développer. Autrement dit, vous devez « re-rentrer » dans le sujet. Ce temps-là (celui de la reprise), c’est ce que Carlson a identifié comme le véritable coût de l’interruption. Pas les deux minutes de la question de votre collègue, mais le temps qu’il vous faut pour retrouver le même niveau de concentration qu’avant.

C’est exactement comme un moteur qu’on éteint et qu’on redémarre sans cesse. Il consomme bien plus d’énergie que s’il avait simplement tourné en continu.

Alors, être constamment disponible (pour vos collègues, vos emails, vos notifications) n’est pas une vertu. C’est une façon de travailler plus longtemps sans réel bénéfice.

La bonne nouvelle, c’est que cette loi fonctionne aussi dans l’autre sens. Si les interruptions vous coûtent autant, alors les éviter vous rapporte autant. Chaque heure de travail véritablement continu vaut bien plus que deux heures morcelées. Vous n’avez pas besoin de travailler davantage, mais de travailler sans vous faire couper dans votre élan.

II. Quelles sont les bénéfices

On ne change pas ses habitudes de travail sans une bonne raison. Alors, avant de passer à la pratique, voici ce que vous avez réellement à gagner en appliquant la loi de Carlson au quotidien.

1. Meilleure concentration

femme travail ordinateur concentree

On ne naît pas incapable de se concentrer. On le devient.

Des années à sauter entre dix onglets, à répondre aux messages en temps réel sans jamais vraiment finir quoi que ce soit, et votre cerveau a fini par s’adapter. Il a appris à fonctionner de cette façon, à chercher la stimulation rapide et à fuir l’effort prolongé. Ce n’est pas un défaut de caractère. C’est une conséquence logique d’un environnement qui a tout fait pour vous entraîner là-dedans.

La bonne nouvelle, c’est que ce qui s’apprend se désapprend.

Travailler sans interruption, c’est réapprendre à votre cerveau qu’il est capable de tenir dans l’effort, de creuser un sujet en profondeur, d’aller au bout d’une idée sans la lâcher en chemin.

Dans le monde professionnel, ça se voit. Les personnes capables de se concentrer profondément produisent un travail de meilleure qualité plus rapidement et limitent les erreurs. Dans un environnement où tout le monde est dispersé, savoir vraiment se concentrer est devenu une rareté.

Cependant, les bénéfices ne s’arrêtent pas aux portes du bureau. Pensez à ces soirs où vous rentrez complètement vidé après une journée de boulot. Cette fatigue-là n’est pas liée à l’effort, mais à votre cerveau qui a passé sa journée à redémarrer en boucle et à gérer des interruptions en série.

2. Meilleure gestion des priorités de sollicitation

Dans le feu de l’action, tout semble urgent. Vous traitez chaque sollicitation comme si elle réclamait une réponse immédiate. C’est un réflexe, pas une décision. Ainsi, comme tout réflexe, il vous fait agir avant même que vous ayez eu le temps de réfléchir si c’était vraiment nécessaire.

Le problème, c’est que l’urgence ressentie et l’urgence réelle sont rarement la même chose. La grande majorité des sollicitations qui arrivent pendant vos heures de travail peuvent attendre une heure, deux heures, parfois une journée entière, sans conséquences.

Donc, appliquer la loi de Carlson vous force à faire ce tri.

J’irai même plus loin en disant que tant que vous restez constamment disponible, vous subissez les priorités des autres. Votre agenda se remplit de leurs urgences, de leurs demandes, de leurs délais au détriment des vôtres.

III. Appliquer la loi de Carlson pour mieux protéger votre temps

Maintenant que vous avez conscience de la place que représentent les interruptions dans votre quotidien, place à la pratique et voyons ensemble les moyens dont vous pouvez vous organiser pour que celles-ci aient le moins de prise possible sur votre travail.

1. Bloquer des plages de travail

La première chose à comprendre, c’est que la concentration ne se décrète pas. Vous ne pouvez pas décider à 14 h 37, entre deux emails, que vous allez enfin vous mettre sérieusement au travail. Le cerveau ne fonctionne pas comme ça.

Il vous faut bloquer des créneaux dans votre agenda, comme vous bloqueriez une réunion importante, pendant lesquels vous vous consacrez à une seule et unique tâche, sans interruption.

Là encore, ce n’est pas écrit dans le marbre, mais la plupart des travaux sur la concentration s’accordent sur une fourchette entre 90 minutes et 2 heures. En dessous, vous commencez à peine à entrer dans le vif du sujet que c’est déjà terminé. Au-delà, vous atteignez un point de rendement décroissant et vous produisez moins bien qu’au début.

C’est d’ailleurs ce que confirme la loi de Yerkes-Dodson, qui dit que notre performance ne monte pas indéfiniment avec l’effort. Elle suit une courbe en cloche. Elle grimpe, atteint un pic, puis redescend. Travailler plus longtemps ne signifie donc pas travailler mieux.

Je vous recommande de commencer par une seule plage par jour si c’est nouveau pour vous. Une heure trente de travail vraiment continu vaut largement trois heures morcelées. Une fois l’habitude installée, vous pourrez en ajouter une deuxième.

2. Poser des règles simples autour de vous

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Bloquer des plages de travail profond dans votre agenda, c’est une excellente première étape. Cependant, si les personnes autour de vous ne le savent pas, ça ne changera pas grand-chose. Ils n’ont pas forcément conscience de vos efforts de concentration.

Ce n’est pas de la mauvaise volonté. C’est simplement qu’ils ne peuvent pas respecter des règles qu’ils ne connaissent pas.

La deuxième étape, c’est donc de rendre votre indisponibilité visible. Non pas pour vous isoler du monde, mais pour que les gens autour de vous comprennent quand vous pouvez être sollicité et quand vous ne pouvez pas.

C’était ma crainte à titre personnel, celle de passer pour quelqu’un d’inaccessible ou de peu coopératif. De froisser un collègue ou d’être perçu comme celui toujours dans sa bulle.

En réalité, c’est tout l’inverse. C’est bien plus respectueux qu’une disponibilité de façade où vous répondez à moitié, l’œil rivé sur votre écran, l’esprit ailleurs.

Toutefois, il arrive que les mots ne suffisent pas toujours. Surtout dans un open space ou, plus globalement, dans un environnement de travail ouvert. Alors, il vous faut des signaux visuels que tout le monde peut lire d’un coup d’œil, sans avoir à vous déranger pour savoir si vous êtes disponible (ce qui serait pour le moins paradoxal).

Le casque sur les oreilles est personnellement mon préféré, même si je ne l’utilise pas pour écouter mes morceaux. Simple, discret, efficacement compris. Le simple fait de le porter suffit à faire passer le message.

Enfin, sur vos outils de messagerie interne, vous pouvez programmer un message à l’avance pour prévenir de votre indisponibilité en indiquant l’heure à laquelle vous serez disposé à répondre.

3. Optimiser votre espace de travail

bureau encombre papier et ordinateur portable

Les sportifs de haut niveau le savent mieux que quiconque. La performance ne commence pas au coup de sifflet. Elle commence dans la préparation qui précède.

Alors posez des règles autour de vous, c’est aussi vous en poser à vous-même.

C’est pourquoi il vous faut ranger votre bureau et garder sur votre bureau que ce dont vous avez besoin pour les tâches en cours. Pas le dossier d’hier, pas les notes de la dernière réunion, pas le courrier que vous n’avez pas encore ouvert. Juste ce qui est utile maintenant.

Idem pour les onglets sur votre navigateur : n’ouvrez que les onglets dont vous avez besoin pour la tâche en cours. Fermez tout le reste. Si vous avez peur d’oublier quelque chose, notez-le quelque part et fermez l’onglet.

Pour ce qui est de votre téléphone, malheureusement, le mettre en silencieux ne suffit pas. L’idéal est de le sortir de votre champ de vision pendant vos plages de travail. Dans un tiroir, dans votre sac, dans une autre pièce si possible. Même logique pour les tablettes, les montres connectées et toute autre surface qui clignote, vibre ou affiche des notifications.

Pensez également à l’organisation de vos outils numériques. Un bureau d’ordinateur surchargé de fichiers en vrac, des dossiers nommés bizarrement. Tout ça vous force à chercher, à interrompre votre élan, à perdre le fil au moment où vous en aviez le moins besoin. Prenez donc le temps d’organiser vos fichiers une bonne fois pour toutes.

Pour moi ce n’est pas du temps perdu, c’est la base de la productivité : entretenir l’utilisation du matériel qui vous sert à avancer chaque jour.

Ce qu’il faut retenir

Le coût d’une interruption ne se limite jamais au temps qu’elle dure. C’est tout ce qui suit qui vous coûte vraiment : la reprise, le redémarrage, l’énergie dépensée à retrouver un niveau de travail que vous aviez mis du temps à atteindre.

La loi de Carlson met l’accent sur le fait que vos journées ne vous appartiennent pas. Elles se remplissent naturellement des urgences des autres, des sollicitations en cascade, des interruptions que vous n’avez jamais vraiment acceptées mais que vous subissez faute de règles claires.

Alors maintenant que vous avez toutes les clés en main, je compte sur vous pour mettre tout cela en pratique.

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